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Ce jour de juin 2006 où tout a basculé…

2 Juil 2019 | Vécu

Je regarde la dernière montre que je viens de m’acheter, une superbe Armani, rectangulaire, avec le cadran noir mat, les bords et les chiffres romains chromés, y ont pris place de façon dissymétrique. Le bracelet en croco noir brillant, de la largeur du cadran amène la touche finale, conférant à cet objet censé mesurer le temps, le design parfait de la touche Armani, une finesse massive, caractéristique des accessoires – homme – de la marque. Cette montre, je l’ai achetée il y a un mois, en même temps que ma nouvelle entreprise, Drimmer, N°1 européen des fabricants de lampes à poser en céramique, que la troisième génération a conduit à la faillite pour la deuxième fois en quatre ans. Oui, à chaque tournant professionnel, j’ai la manie, superstition bête et incohérente, de changer de montre comme pour marquer un nouveau rapport à l’espace-temps que je pense pouvoir maitriser, une façon de se doter d’un pouvoir supplémentaire qui m’aidera à coût sûr à réussir mon nouveau challenge professionnel !

Ma montre m’indique minuit trois. J’ai chaud, trop chaud dans ce jacuzzi extérieur, encastré dans un bel assemblage de pierres en Lauzes aux reflets rosés, surplombant d’un côté la terrasse sur laquelle nous venons de dîner entre amis et de l’autre côté la piscine d’un bleu ciel blanchâtre. C’est trop, je m’élance en courant sur une dizaine de mètres vers la piscine. Je réalise le plongeon parfait, pénètre dans l’eau en conservant toute mon énergie cinétique. Je fuse dans l’eau pendant deux secondes quand tout à coup je suis stoppé net. Je ressens tout le poids de mon corps remonter avec force des pieds vers la tête, un peu comme dans ces bons vieux dessins animés de Tom and Jerry quand Tom course Jerry et se prend un obstacle et que tout son corps se plisse vers l’avant. Le choc est violent. J’entends un énorme craquement, un bruit sourd de broyage envahit mon cerveau et se répand dans tout mon corps comme une onde de choc, suivi de plusieurs répliques comme dans un tremblement de terre. Puis, le phénomène s’estompe peu à peu pour laisser place à un silence profond, sourd, saisissant. Malgré la violence accidentelle, frontale, puissante du choc, je ne ressens aucune douleur !

Je touche mon visage, mon front, mon nez, tout est normal, rien de cassé. Je fais bouger l’eau avec mes mains autour de ma tête, pas de sang, rien n’est ouvert. Tout cela me parait anormal, inquiétant, compte tenu du cyclone que vient de traverser mon corps. Saisi par l’incompréhension, je décide de remonter illico presto à la surface. Je pousse d’un grand coup de brasse, suivi d’un deuxième. Je n’ai toujours pas retrouvé l’air libre alors je repousse de toutes mes forces une troisième fois : rien, je n’atteins toujours pas la ligne de flottaison. Je ne comprends pas, mon cerveau est totalement perturbé, tous mes repères sont contradictoires

Le diagnostic médical révélera que je viens de me fracturer les cervicales C3 et C4 dont les éclats d’os ont sectionné ma moelle épinière à plusieurs endroits. Je ne sais pas encore tout cela mais je prends rapidement conscience de ma paralysie et qu’il va être impossible de bouger du fond de l’eau. Je réalise. Je prends conscience. L’idée de ma mort imminente m’envahit. Je panique de nouveau. J’hurle des «au secours », des «aidez-moi» désespérés. Personne ne m’entend ! Je m’essouffle définitivement. Petit à petit, l’oxygène se raréfie. Mes poumons se bloquent. Ma bouche et mon nez se serrent, se crispent, forcent pour ne pas laisser l’eau entrer. Je sais qu’il faut économiser mes mouvements pour ne pas gaspiller le peu d’oxygène qu’il me reste. J’essaie de me calmer. Je jette un coup d’œil à ma montre pour détourner mon esprit. Il est minuit et six minutes.

J’hurle intérieurement toute la douleur de la suffocation. Voilà ! Fin de l’histoire ! Fin de cette vie-là !